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Biodiversité et alimentation : et si protéger le vivant commençait dans notre assiette ?

Biodiversité et alimentation ne tiennent qu’à un fil, et il passe par notre assiette.

Un fruit, un carré de chocolat : derrière chacun, un sol vivant et un cortège d’espèces qui s’épaulent pour que la récolte arrive jusqu’à nous. 

Imaginez la nature comme un immense filet. Chaque nœud est une espèce, chaque fil une relation qui la relie aux autres. Tirez sur un seul nœud, et c’est tout le filet qui bouge.

Quand une espèce s’éteint, elle emporte rarement son seul fil : elle en fait céder d’autres, souvent sans bruit. Les scientifiques ont un mot pour ce phénomène : la co-extinction.

Comprendre ce mécanisme change notre regard sur la nature, et sur le poids réel de nos choix alimentaires.

Car si nos gestes peuvent défaire ces liens, ils peuvent aussi les protéger, du saumon jusqu’au cacao.




Tout commence avec le documentaire Coextinction

Crédits: Affiche documentaire Coextinction, Coexistence films, 2021.

En 2021, deux réalisatrices, Gloria Pancrazi et Elena Jean, sortent un documentaire nommé Coextinction. 🎬

Elles voulaient filmer des orques. Elles ont fini par filmer l’effondrement de tout un écosystème, du fond de l’océan jusqu’au cœur des forêts.

Sans saumon, les orques meurent de faim

Le film Coextinction s’ouvre sur une image devenue célèbre. En 2018, une orque nommée Tahlequah a porté le corps de son petit mort pendant 17 jours, sur plus de 1 500 kilomètres. 🫍

Ce deuil n’a rien d’un hasard : il reste à peine plus de 70 orques résidentes dans le sud du Pacifique, et leurs petits survivent rarement, faute de nourriture.

Ces orques mangent presque uniquement du saumon chinook, environ 80 % de leur alimentation. Or ce saumon s’effondre, à cause des barrages, des élevages en cage, de la surpêche et du trafic maritime. 

Moins de saumon, ce sont des mères orques qui n’arrivent plus à nourrir leurs petits.

L’histoire ne s’arrête pas aux orques. Le même saumon nourrit aussi les ours, les aigles, les loups et jusqu’aux arbres. 🌳

En remontant les rivières pour se reproduire, le saumon transporte l’azote de l’océan vers les forêts : les ours laissent les carcasses sous les arbres, où elles fertilisent le sol. 

En Colombie-Britannique, des analyses ont mesuré que 14 à 60 % de l’azote des plantes de berge provient du saumon.

« Les arbres ne poussent pas par eux-mêmes », rappelle l’écologue forestière Suzanne Simard. Et quand le saumon décline, résume l’écologue Yuri Zharikov, « toutes les autres choses sont aussi en déclin par réaction ». 

C’est de là que vient le titre du film. Perdre une espèce, c’est rarement en perdre une seule.

La co-extinction, un mot plus ancien que ce documentaire

Le mot co-extinction existe depuis 1993, bien avant ce documentaire, utilisé par les chercheurs Nigel Stork et Christopher Lyal pour décrire une situation : quand une espèce disparaît, une autre, qui ne pouvait vivre que grâce à elle, disparaît à son tour.

Une étude publiée dans la revue Scientific Reports lui donne du poids. Ses auteurs décrivent la co-extinction comme « une manifestation de l’interconnexion des organismes », et préviennent qu’elle est difficile à repérer, parce qu’elle avance sans bruit.

Depuis, la recherche a mesuré l’ampleur du phénomène. 

En simulant des milliers de « Terres virtuelles » peuplées de plus de 30 000 espèces reliées par qui mange qui, les chercheurs Giovanni Strona et Corey Bradshaw ont montré que ces réactions en chaîne sont probablement le premier moteur de la perte de biodiversité. 

Elles pourraient aggraver de 184 % la disparition des espèces les plus fragiles d’ici 2100. Une espèce compte donc rarement pour elle seule. Elle compte aussi pour tout ce qu’elle fait vivre autour d’elle. Y compris ce qui finit dans notre assiette.

Pourquoi biodiversité et alimentation vont de pair

L’extinction d’une espèce en entraîne d’autres pour deux raisons. 

La première : certaines espèces comptent bien plus que leur nombre ne le laisse croire, au point de maintenir en équilibre tout un écosystème. La seconde : chaque espèce rend des services dont dépendent les autres, et souvent le milieu entier.

La loutre de mer tient toute une forêt

Sur les côtes du Pacifique nord vit une petite loutre de mer, qui se nourrit d’oursins. Les oursins, eux, broutent le kelp, ces grandes algues brunes qui forment de véritables forêts sous l’eau. 🦦

Au début du XXe siècle, on a chassé les loutres presque jusqu’à l’extinction pour leur fourrure. 

Privés de leur prédateur, les oursins se sont multipliés et ont dévoré les forêts de kelp, ne laissant que des étendues nues, que les scientifiques appellent des « déserts d’oursins ». 

Avec le kelp ont disparu les poissons, les crabes et les oiseaux qui y trouvaient refuge. Les biologistes Jim Estes et John Palmisano l’ont démontré dès les années 1970, en comparant des côtes avec et sans loutres.

Mais ce n’est pas simplement des espèces qui s’éteignent. 

Les forêts de kelp stockent d’énormes quantités de carbone, et des chercheurs de l’université de Californie ont estimé que la présence des loutres multiplie par douze la capacité de ces forêts marines à retenir le CO2. 

Protéger une loutre, c’est donc aussi protéger un climat. Là où elles sont revenues, les forêts ont repoussé, et la vie avec elles.

 

Des services que la nature rend gratuitement

Chaque espèce occupe une sorte de métier dans son écosystème. 

Certaines pollinisent, d’autres dispersent des graines, recyclent la matière morte ou transportent des nutriments d’un milieu à l’autre. Ces services ne coûtent rien, et pourtant rien ne fonctionne sans eux.

La pollinisation est l’exemple le plus connu. Selon l’IPBES, plus de 75 % des principales cultures qui nous nourrissent dépendent, au moins en partie, d’un animal pollinisateur, le plus souvent un insecte. 

Le lien entre biodiversité et alimentation se noue là : Quand ces insectes disparaissent, ce sont nos fruits et nos légumes qui vacillent. 🐝

C’est là que la co-extinction cesse d’être une affaire lointaine. Le saumon fertilise une forêt, la loutre protège un climat, une abeille pollinise un arbre fruitier, une chauve-souris limite les ravageurs. Tout cela nous offre notre nourriture, notre air, notre eau. 

Retirer l’un de ces maillons, et le service qu’il rendait s’en va avec lui. Et quand ce maillon fait pousser ce que nous aimons manger, c’est notre alimentation qui en est impactée. 🍎

Le cacao, là où se rejoignent biodiversité et alimentation

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Le cacaoyer connaît lui aussi cette dépendance, de très près. Dans la nature, il ne pousse jamais seul : c’est un arbre de sous-bois, qui grandit à l’ombre de plus grands que lui.

Prenez les fleurs de cacao. Elles sont bien trop petites pour les abeilles ou les papillons. Ce sont de minuscules moucherons, de moins d’un millimètre, qui les pollinisent, et ces moucherons ne vivent que dans l’humidité des feuilles mortes, à l’abri d’une forêt. 🦟

Sans forêt, pas de moucherons. Sans moucherons, pas de cabosses, et donc pas de chocolat. 🍫

Le cacao tient, lui aussi, à un fil que l’on ne voit pas.

La monoculture coupe ce fil. On abat la forêt, on plante le cacaoyer seul en plein soleil, et les alliés qui le faisaient vivre s’en vont. L’arbre survit alors sous perfusion de pesticides, pour remplacer ce que la nature faisait sans rien demander. 

La même chaîne de disparition qui menace les orques se rejoue ici, dans une simple cabosse.

Le cacaoyer abrite bien plus de vie qu’on ne l’imagine, et chaque espèce y joue son rôle.

Le cacao est donc un exemple parfait de ce lien entre biodiversité et alimentation. Le chocolat que nous mangeons dépend, à la source, d’une forêt restée vivante. La préserver relève déjà de la protection de la biodiversité.

Comment l'agriculture défait le lien entre biodiversité et alimentation

Tout cela peut sembler loin de notre quotidien, parce que nous ne voyons jamais la forêt qu’on abat pour remplir nos assiettes. Elle disparaît à des milliers de kilomètres, hors de notre regard. 

Le lien entre biodiversité et alimentation est pourtant direct.

Selon l’IPBES, la première cause de destruction des milieux naturels dans le monde est l’extension de l’agriculture, qui grignote les forêts pour faire de la place aux cultures et à l’élevage. 

À elles seules, l’agriculture, la pêche et le changement climatique poussent aujourd’hui près d’un million d’espèces vers l’extinction.

Cette agriculture, c’est en partie nous qui la finançons, un panier de courses après l’autre. Un produit issu d’une monoculture intensive récompense un modèle qui transforme des forêts entières en champs d’une seule plante, où presque plus rien d’autre ne vit. 

Un produit bio ou cultivé en agroforesterie récompense un modèle qui laisse une place aux autres espèces. 

Elena Jean, co réalisatrice de Coextinction, résume bien le piège dans lequel nous tournons : plutôt que de consommer moins d’une ressource qui s’épuise, nous cherchons sans cesse à la remplacer par une autre. 

C’est ainsi qu’on vide les océans de leurs poissons, puis qu’on installe des élevages en cage qui contaminent les derniers saumons sauvages. 🐟

Même nos choix qui paraissent les plus insignifiants, comme choisir nos aliments, ont un impact sur la nature. Mais nous pouvons, à notre échelle et avec nos propres moyens, participer à la protection de la biodiversité :

  • Choisir des produits bio ou issus de l’agroforesterie, 
  • Réduire le gaspillage, 
  • Manger moins de viande industrielle, 
  • Éviter autant que possible le plastique
  • Préférer les marques qui sont transparentes sur la provenance de leurs produits,
  • Soutenir les associations qui protègent le vivant. 

Chaque choix tire sur un fil, dans un sens ou dans l’autre.

Notre engagement pour la protection de la biodiversité

Sauver une espèce à la fois ne suffit pas. 

Ce que nous cherchons chez Caoya, à travers notre chocolat bio, c’est protéger la nature, tout en préservant cette interconnection entre biodiversité et alimentation.

Cela se joue d’abord dans le choix du cacao. Nous travaillons avec des terroirs où la forêt est restée vivante, où le cacaoyer pousse en agroforesterie, entouré de tout ce qui vit avec lui depuis toujours. 

Un cacao qui n’a obligé personne à raser une forêt pour exister.

Cela se joue aussi dans nos engagements. Nous reversons 10 % de nos profits à des missions partenaires qui œuvrent pour la protection de la biodiversité. 

Cette année, nous soutenons les pollinisateurs aux côtés d’Un Toit Pour Les Abeilles, parce que ces insectes font vivre une grande partie de ce que nous mangeons (bien qu’ils ne pollinisent pas le cacao). 🐝

Et nous espérons aller plus loin, en aidant demain à protéger les habitats des oiseaux, dont la présence en dit long sur la santé d’un milieu.

Pour nous, protéger un maillon, c’est déjà consolider toute la chaîne. C’est notre manière de montrer qu’un carré de chocolat peut prendre soin de bien plus grand que lui. 🍫

Prendre soin du lien entre biodiversité et alimentation

L’extinction des espèces n’arrive jamais seule : c’est ce que raconte le documentaire Coextinction. Chaque disparition en prépare d’autres, en silence. 

Mais la même règle joue dans l’autre sens. Puisque tout est relié, protéger une espèce ou un habitat, c’est en protéger beaucoup d’autres du même coup. 

C’est le principe même de la protection de la biodiversité.

Le dernier rapport de WWF France sur la biodiversité porte un titre qui dit bien les choses : « entre déclins et espoirs ». Les espoirs sont réels, partout où l’on redonne de la place au vivant. La loutre revient, la forêt repousse.

Et puisque biodiversité et alimentation tiennent au même fil, notre assiette compte, elle aussi.

Chacun de nos gestes tire sur un fil. Autant tirer du bon côté, ensemble.

Questions Fréquentes

Quel est le lien entre biodiversité et alimentation ?

Tout ce que nous mangeons vient d’un milieu vivant : un pollinisateur pour les fruits, une forêt pour le cacao. Nos façons de produire et de choisir nos aliments décident en grande partie de ce qui survit autour de ces cultures. Cultivée en bio ou en agroforesterie, notre alimentation laisse de la place au vivant ; en monoculture intensive, elle le fait reculer.

Une seule espèce disparue peut-elle vraiment déséquilibrer tout un écosystème ? 

Oui, car les espèces sont reliées par ce qu’elles mangent et par les services qu’elles rendent. Un prédateur contrôle les populations de ses proies, un pollinisateur permet aux plantes de se reproduire, un poisson transporte des nutriments, un arbre offre le gîte. Quand l’un manque, l’équilibre se rompt. 

En disparaissant, la loutre de mer a laissé les oursins raser des forêts entières de kelp, et toute la vie qui en dépendait s’est effondrée avec elles.

La protection de la biodiversité peut-elle commencer par une seule espèce ?

Oui. Comme les espèces dépendent les unes des autres, protéger un maillon profite souvent à tout le réseau. En protégeant la loutre de mer, on sauve aussi les forêts de kelp, les poissons qui s’y abritent et le carbone qu’elles stockent. 

C’est tout l’intérêt de protéger des espèces clés ou leurs habitats.

Peut-on encore inverser l’extinction des espèces ? 

En partie, oui. Là où l’on protège ou restaure les habitats, la nature revient souvent plus vite qu’on ne le pense : le retour des loutres de mer sur les côtes du Pacifique a suffi à faire repousser des forêts de kelp entières. 

Les chercheurs Strona et Bradshaw rappellent toutefois que les prochaines décennies seront décisives, car plus on attend, plus les réactions en chaîne deviennent difficiles à arrêter.

En quoi le chocolat est-il concerné par la biodiversité ? 

Le chocolat provient du cacao. Et pour le produire, le cacaoyer dépend d’une forêt vivante pour produire ses fèves : des insectes minuscules pour polliniser ses fleurs, de grands arbres pour l’abriter, et des fourmis et oiseaux pour le protéger des nuisibles. 

Cultivé en agroforesterie, il protège cette biodiversité. En monoculture, il la détruit. Le chocolat que l’on choisit soutient l’un ou l’autre de ces modèles.

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